Le Quartier des artistesRéhabilitation de bâti ancien et création d'un quartier culturel
Au cœur des routes reliant la Saintonge à Nantes et à la Bretagne, Thiré est connu depuis l’Antiquité, et des vestiges de villa gallo-romaine témoignent de sa position privilégiée entre le bocage et la plaine vendéenne.
Aujourd’hui, le village de Thiré connaît une renommée importante grâce à la maison de William Christie, une demeure du XVIIe siècle et son jardin remarquable, et au festival qui s’y déroule chaque année. Fondée en 1979 par le chef d’orchestre, la Fondation des Arts Florissants investit progressivement le village et y implante divers programmes liés à ses activités dans le Quartier des artistes. L’effervescence culturelle peut ainsi se poursuivre au cours de l’année et permet d’enraciner un lien fort entre les musiciens et la vie du village. Ce lien crée un rayonnement local et international pour Thiré.


Parmi les bâtiments en cours de réhabilité, un long bâtiment, ancien séchoir à tabac puis scierie devenue salle de bal, accueille désormais les musiciens en résidence à Thiré pour des répétitions ainsi que pour des petits concerts ouverts au public. Dans un environnement vermillon, les musiciens peuvent jouer sur deux balcons, rappelant autant les fêtes de cour que l’Orfeo de Monteverdi et les premiers Opéras. À côté, l’ancien café du village comprend un espace d’accueil pour les visiteurs, des loges, et une greenroom pour les artistes.
Le projet a pour objectif de valoriser les volumes anciens existants (la grange et le « bâti » formant l’angle de rue). L’un des principaux enjeux est son intégration à une séquence déjà composée de plusieurs maisons restaurées par la Fondation.
La partie bureaux reprend ainsi quelques similitudes architecturales : les portes pleines et fenêtres à petits-bois accompagnées de volets battants à barres sans écharpes. Les façades sont enduites en plein et badigeonnées avec un bandeau en encadrement d’ouvertures.
Quant à la grange, le parti architectural est celui d’une conservation des différents aspects sur rue existante (pierres et bois). Les ouvertures créées dans le bardage reprennent les codes des anciens séchoirs à tabac. La façade sur la rue est recomposée entièrement en structure bois, appuyée sur les anciens poteaux réutilisés. Côté jardin, les percements sont harmonisés et reçoivent des menuiseries en bois.
La particularité de ce long bâtiment est sa structure mixte en charpente et en maçonnerie. En très mauvais état avant le chantier, les structures ont nécessité d’importantes reprises, mais qui ont tout de même permis de préserver les fermes de charpentes d’origine, qui ont la particularité d’être en peuplier, un bois tendre rarement utilisé pour cet usage.

La maison Polycarpe est idéalement située au carrefour du Quartier des Artistes : à la jonction de la rue menant au Bâtiment de William Christie, et de la rue principale traversant la Smagne, elle se trouve en vis à vis de tous les bâtiments autour desquels s’organise la vie des Arts Florissants et de son public à Thiré. La maison est toute désignée pour accueillir un programme d’hébergement pour les artistes de passage au village dans le cadre des activités de la fondation.
Le projet de réhabilitation prévoit de redonner son allure et son organisation à la maison, qui, au cours de campagnes de travaux successives, a perdu une partie de son identité, et présente de gros défauts structurels et sanitaires.
Dans une première phase, le bâtiment est assaini en purgeant les enduits intérieurs et extérieurs, pour laisser respirer les maçonneries, qui sont soigneusement restaurées. Un enduit traditionnel à la chaux est refait sur les façades, en laissant apparents les éléments anciens intégrés à la façade sur rue.
Les menuiseries extérieures sont refaites, et établies suivant un dessin de menuiserie ancienne, cohérent avec le style et l’époque de la façade. Elles sont réalisées en bois, et équipées de persiennes extérieures.
L’ensemble de la maison est isolé et doublé, pour améliorer le confort et viser des cibles énergétiques ambitieuses. Un scénario mêlant chauffage au sol et radiateurs permet de moduler le confort d’hiver, tout en s’intégrant de manière discrète à l’architecture.
La maison est fortement structurée par le volume de l’escalier. Pièce maîtresse de la maison, et principal élément patrimonial, il divise en deux la construction sur toute la hauteur. L’hébergement est décomposé en deux séquences, conformément au programme, articulées autour de cet élément central.

Le projet est décomposé en trois phases distinctes :
Phase A : réhabilitation de l’ancien garage, restauration du mur de soutènement et premiers aménagements paysagers
Phase B : réhabilitation de la maison principale
Phase C : Aménagement de la maison et du jardin
Phase A : Garage et jardin
L’ancien garage est le premier lieu d’intervention. Loin d’être anecdotique, sa position le rend très visible depuis le pont et le lavoir, à l’arrivée dans Thiré. Il est ainsi un marqueur de l’entrée du village. L’objectif est de le réaménager en l’intégrant au vocabulaire de l’architecture locale.
Ses façades en ciment sont recouvertes avec un enduit à la chaux, de ton pierre, la toiture est révisée et de nouveaux percements dans les façades permettent la création de deux chambres symétriques, chacune équipée d’une salle de bain. Chaque pignon est ouvert par une baie vitrée surmontée d’un oculus, l’entrée se fait par la façade sud.
L’ensemble est isolé, et doublé pour améliorer le confort thermique, et habillé de nouvelles menuiseries bois colorées vert sapin.

Un des principaux enjeux de cette phase se trouve dans le renforcement du mur de soutènement qui surplombe le lavoir. Retenant les terres d’une partie du jardin, il est redoublé par une paroi pré-formée en béton, étanchées, et équipée d’un drain en pied. Cette paroi neuve, installée en retrait, permet de restaurer le mur ancien en moellons, en lui conservant son aspect, tout en limitant les charges qui s’exercent sur lui.
L’arase supérieure, qui a vu plusieurs rangs de moellons supprimés au cours de l’histoire, est surélevé pour retrouver un niveau plus conforme à son aspect d’origine, et permettant d’assurer la sécurité des personnes depuis le jardin.
Phase B : réhabilitation de la maison principale
Les phases B et C consistent à aménager un programme d’hébergement dans la maison tout en retrouvant une cohérence esthétique et historique dans la présentation générale du bâtiment. Six chambres sont aménagées au R+1 et dans les combles.
Le travail de réflexion esthétique commence par la démolition de l’extension aux façades en ciment qui brouille la lecture architecturale de la maison. Elle est remplacée par une terrasse en pierre qui assure la continuité avec le reste du terrain.
Cette étape est complétée par l’application sur les façades d’un enduit chaux et sable. De la pierre chaulée en légère saillie ponctue les encadrements de fenêtre et bandeaux en partie haute et basse afin de souligner et de structurer les façades.
L’aménagement des combles actuels implique la rehausse des façades d’environ un mètre par une maçonnerie de moellon en partie extérieure
surmontée d’une corniche en pierre moulurée. Celle-ci porte une nouvelle couverture en tuiles tige de bottes traversée par de nouvelles lucarnes construites dans la continuité des ouvertures existantes afin de préserver l’esthétique du bâtiment et sa continuité avec son contexte urbain.
L’ensemble est isolé pour améliorer le confort thermique, et toutes les menuiseries sont en bois et équipées de double vitrage.
Infos
- Client
- Les Arts Florissants — William Christie
- Année
- 2022
- Statut
- En cours
Partenaires
- Bureau d'étude structure bois
- ECSB




























